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Jane la Pisteuse à Lunettes

[LE SOL-HAUT]

(REPORT en 2022/24)

Conte d’école buissonnière

Tout Public à partir de 8 ans

Les résidences d’écriture et les expérimentations-plateau ont commencées avant le confinement du printemps 2020. Cécile a mis ce travail en attente pour cause d’actualité sanitaire, d’empêchement de passer des journées à faire du vélo dans la campagne, de télé-enseignement et de complication pour buissonnier librement. A SUIVRE très bientôt.

Écriture, conte Cécile Blaizot-Genvrin

NOTE D’INTENTION JANE LA PISTEUSE à LUNETTES

« JANE la PISTEUSE à LUNETTES »

Mon travail d’écriture ? Ça commence toujours par du vrac. Des mots et des gribouillages en tas. Bancals et mal fagotés. Je ne sais pas trop où poser les choses et les images. Tout s’entrecroise, s’entrechoque. C’est un vrai bazar. Je sens mon corps qui s’enfonce dans le sol, mes idées qui s’emmêlent, ma syntaxe qui s’époumone et ma synthèse qui s’éparpille. Le sol m’est haut. Trop haut. Je chante à côté de la partition… Je me complexe d’imposture et je me relève en pensant à cette phrase de Jules Dassin* :

« Tu sais, les oiseaux ne savent pas lire les partitions. Est-ce pour cela qu’ils chantent faux ? »

Allez hop, je me lance, je vous raconte la naissance de Jane! .

« Printemps 2019, Jane fait irruption dans ma vie d’autrice. Via mon carnet de notes, de dessins et de gribouillages jetés sur la page blanche. Et chaque jour, elle vient me rendre visite. Elle me parle de ma vie à son âge, elle me raconte comment parler à ma fille qui grandit en zone urbaine, elle me réconcilie avec ma mère irradiée de colère plouc. Elle me questionne sur l’amour brisé, la solitude. Et elle répète sans cesse « Maman, pourquoi tu pleures ? Papa pourquoi tu n’es pas là ? ». Et chaque jour, j’écris, je dessine. J’sais pas pourquoi. Juste, je l’écoute.

Cela se déroule entre juin et août 2019. Je m’amuse à écrire l’épopée de Jane. Des épisodes à suivre sur les réseaux sociaux. C’est une série, un peu comme à la télé, sauf que ce n’est pas un film, c’est des aventures à lire. Et moi, je m’y attache à c’te gamine, à l’envie des lecteurs d’en savoir plus sur la vie de Jane. À l’automne, je confronte mes textes et mes dessins, peintures et broderies à la scène. Je veux dire à voix haute, je veux savoir si les mots des images se heurtent ou s’accouplent avec les images des émotions. Pour éclairer cela, j’organise trois résidence-plateau de trois jours chacune, comme ça chez des artistes-complices. Seule en scène avec les écrits et les toiles. C’était au Labo et au Relais*. Deux lieux de recherche pour les arts de la parole et du récit. En campagne normande. Avec la présence de ma compagne de travail, mon amie musicienne, Élodie Fourré. Et aussi, avec la complicité téléphonique d’un conteur dont j’apprécie le travail : Pépito Matéo*. Ces trois mini-résidences ont lieux entre décembre 2019 et mars 2020. Alors que Jane commence maladroitement à prendre chair et épiderme, parole et chant, il se dit en coulisse qu’un confinement va être prescrit/imposé à l’ensemble du peuple de France. Nous sommes en mars 2020, et comme je suis parallèlement en formation de conteuse à Toulouse *, je prends dès le lendemain, la route vers le sud, avec une escale en région centre où vit ma famille. Et c’est là que deux jours plus tard, je suis confinée. Une semaine de confinement, comme vous le savez aujourd’hui, devient un mois puis deux puis trois. Me voilà bloquée dans un village tourangeau, avec une circonférence d’un kilomètre de vadrouille autorisée. Au départ, je trouve cela super chouette, voir hyper cool ! Oui, je vais pouvoir écrire sans contrainte de temps, sans obligation de production. Et en bonus, je vais profiter des miens. Le temps s’arrête. C’est doux. Oui, mais très vite j’ai beau écrire chaque jour, ça patine. Impossible d’avancer. Jane se tait. Plus les moyens de vivre l’aventure, de faire l’école buissonnière. Entrave à sa liberté de rêver, entrave à la marche, à la rencontre. Silence de mon héroïne.

« Pas grave. », que j’ai pensé, « Il y a tant d’autres choses à vivre et partager ». Ce que j’ai fait ! J’ai peint le confinement, respiré le plaisir de travailler autrement. Et de là est né le spectacle Contanimo [Contamino]*. Il m’était essentiel d’écrire ce spectacle en ces circonstances si étranges. Essentiel de dire la vie, l’espoir. La peur, la dévoration et le rire. Pas grave s’il fallait, un temps, laisser Jane et sa bicyclette sur le bord du chemin. Mais voilà, trois confinements plus tard, la gamine revient en hurlant qu’elle ne veut pas qu’on l’oublie : « Parce que, figure-toi, ma Cécile, j’ai un tas de trucs essentiels à dire, moi ! Je veux parler de l’amour ! Ouais, parce que cette histoire on ne peut pas la laisser au placard ! Alors écris-moi !». C’est sans doute une malformation de naissance, mais quand il y a quelqu’un qui crie « il faut pas m’oublier sur le bas-côté d’la route ! », je n’arrive pas à me boucher les oreilles. Faut que j’écoute, faut que j’ai de l’empathie. Voir pire, de l’amour pour celle qui crie qu’elle veut vivre. Aujourd’hui, Jane me réclame de conter son histoire. L’histoire simple d’une gamine de 10 ans qui n’a plus de papa à la maison, juste une maman qui pleure en douce. L’histoire d’une môme qui aime bien un garçon de l’école et qui se dit « Est-ce que l’amour ça se casse toujours la figure par terre? ». Et cette effrontée de Jane envahit mes jours et mes nuits. Pour preuve, lorsque j’ai rencontré les vieux et les gamins sur mes chemins tous frais entre EHPAD et école primaire de campagne (Dispositif Culture santé 2021 – compagnie M’O), lorsque j’allais conter et écrire la joie d’être ensemble aux presqu’abandonnés de la  crise sanitaire, chacun -derrière des sourires emplis de larmes- me disaient sans même le savoir, « Cécile, N’OUBLIE pas JANE. Tu le sais autant que nous, non ?! Sans AMOUR à quoi bon … ? !» Comme me l’a soufflé le vent qui porte la voix des êtres rencontrés au hasard de ces circonstances pandémiques, moi, je n’ai pas envie de laisser JANE seule face à sa quête d’amour. Et c’est là, j’en suis sûre qu’est ma place d’artiste.

Et comme l’ont dit Dario Fo et Franca Rame* les histoires continueront à être plus grandes que nous. Elles seront une petite braise que des fous tiendront allumées au creux de leur paume lors des jours sombres, qui redeviendra feux de joie quand les nuages fondront. Et les gens, après s’être réchauffés, riront et s’aimeront tout autour de sa chaleur. « Et, c’est là, qu’elle est la vie ! La vie en vrai. », hurle Jane -dedans moi – en riant.

( Cécile B-G. Alias Lily Wave – juin 2021)

RESIDENCES de recherche (2019/20- avant confinement)

Le Relais- (Seine Maritime- 76) & Le Labo – (Calvados, 14)

Résidences écriture & broderie (2022)

la médiathèque de La Source (Saint Lô), l’Usine Utopik (Tessy/Vire)

Résidence plateau ( en cours de production 2022/23 )

la halle ô grains (Bayeux-14), le Hangar 717 (Villefranche/Saône-61)